Le plus important,dans le montage d'un chien pour la compétition, ce n'est pas la quantité de dressage (encore que ce soit une donnée non négligeable) ,c'est la faculté de travailler juste.
Travailler juste (et non pas juste travailler!) c'est savoir bosser exactement le point qui freine la progression en employant la méthode la plus adaptée au chien qu'on a en face de soi.
Travailler juste, c'est choisir l'organisation matérielle la plus efficace et les outils les plus adaptés pour proposer au chien un cadre de progression logique et compréhensible.
Si la compétition nous donne un reflet de ce qu'on doit chercher à obtenir, le règlement ,lui, nous dit comment y parvenir !
Peut de gens savent le lire et s'en servir au delà du simple synopsis de l'exercice.
Pourtant, tout est dit dans les conditions générales et les directives de jugement.
La seule obligation consiste alors à le regarder au travers du prisme de la compétition réelle pour comprendre comment l'interprètent la majorité des juges (si l'on met de côté les lubies personnelles...).
Il importe d'avoir bien digéré ces informations avant de réfléchir à l'organisation de sa séance.
Nous voulons tous aller vite ; faire digérer au chien les fondamentaux et tous les pré-requis pour entrer dans la phase de réglage qui , pour beaucoup, est la plus excitante.
Le problème c'est que tous les chiens naviguent constamment entre deux écueils dès qu'ils ont compris un exercice.
Le premier écueil, c'est la lassitude : Au cour de sa carrière, entraînements compris, un chien va répéter un exercice des centaines de fois
Le deuxième écueil , c'est l'anticipation : Le chien connaît si bien la musique qu'il veut enchaîner la totalité de l'exercice en bâclant les phases intermédiaires pour imposer SON rythme.
Pour éviter le premier écueil , on doit précisément savoir évaluer quand un chien connaît un exercice. Selon la race et la qualité de l'apprentissage qui lui a été proposé, on peut considérer que cela survient quand on a passé les 200 répétitions.
On notera qu'il peut s'agir d'une seule partie de l'exercice (prendre et donner un objet, par ex) et qu'il est concevable que ce nombre de répétitions s'applique, également et séparément, à la prise correcte de l'objet au sol, à la présentation bien en face et au retour au pied !
Aucun exercice ne peut atteindre un niveau correct et stable dans le temps s'il est à chaque fois réalisé en entier dans sa construction ou dans son entretien.
Prenons en exemple l'exercice du « en avant ! ».
Il comporte un certain nombre de phases qui seront toutes travaillées à part et assemblées comme un puzzle :
-la prise de la position de base et son maintien stable (accompagnée ou non d'un codage).
-La marche au pied qui doit être quasiment identique à celle des autres exercices.
-L'envoi proprement dit.
-La vitesse de course et sa rectitude.
-Le blocage.
-La stabilité dans la position couché, y compris aux applaudissements.
-La vitesse du retour assis en position de base .
-Le retour au juge
La seule façon d'obtenir un exercice performant et fiable consiste à travailler séparément ou en les associant par deux ou par trois ,toutes ces phases et à ne laisser se dérouler l'exercice dans sa totalité qu'exceptionnellement , dans un but d'évaluation et non d'entraînement.
Le deuxième écueil est simple à éviter : Il suffit de créer l'incertitude (ce qui ne veut pas dire le doute!) chez le chien.
-Incertitude sur ce qu'on va lui demander.
-Incertitude de l'instant où il va être récompensé.
-Incertitude sur l'instant où l'exercice va s'interrompre.
Par exemple, il n'est pas pensable que chaque exercice travaillé se termine par un retour au pied ; il est évident que le chien cherchera rapidement à anticiper cette position.
On doit donc récompenser chaque phase satisfaisante (ce qui ne correspond pas à chaque phase de travail) en utilisant un schéma pseudo aléatoire (pseudo parce que non dicté par le hasard mais par une appréciation qualitative) . Après la récompense systématique utilisée dans l'apprentissage de l'exercice puis la récompense séquentielle utilisée pour augmenter le volume de travail, on va passer à la récompense aléatoire.
En apparence le chien sera récompensé toutes les deux, trois ou quatre exécutions mais en fait ,seules les tentatives les plus abouties sont suceptibles de lui amener une récompense.
Bart Bellon nous apprend que toutes les phases d'un exercice , même fractionnées à l'extrême , doivent être perçues par le chien comme susceptibles d'être récompensées.
La plupart des conducteurs utilisent ce principe dans le montage de l'exercice, puis l'abandonnent plus ou moins consciemment quand l'exercice est acquis en ne récompensant plus que l'ensemble du travail ou seulement les phases terminales.
Pour un exercice aussi simple que la marche au pied, l'augmentation du volume ne peut se concevoir qu'avec la possibilité d'une récompense intervenant parfois dès le premier pas.
En dehors d'une évaluation ponctuelle , l'enchaînement de plusieurs exercices lors du même entraînement ne correspond donc ni à un travail d'amélioration de la performance ni même à un simple entretien de celle ci.
Elle aboutit obligatoirement , à terme , à une dégradation du mouvement acquis ; soit dans sa précision soit dans sa vitesse d'exécution.
De même, l'enchaînement de plusieurs concours sans phases d'entraînements rectificatifs entre les compétitions aboutit à l'érosion de la performance globale .
Rien n'est jamais définitivement acquis. Tout se travaille, s'améliore et se modifie toute la vie du chien.....si on travaille juste !