DRESSER EN SURVIE ALIMENTAIRE
Ce terme est systématiquement mal interprété et mal compris par les néophypes mais aussi par ceux qui n'ont qu'une faible expérience en matière de conditionnement.
Lorsqu'on discute avec eux, ceux qui ne connaissent pas le sujet colportent
la même grossière erreur: Ils pensent tous que les dresseurs qui l'emploient
"affament" les chiens pour les obliger à éxécuter certains exercices.
Voici pourquoi c'est complètement inexact;
Le chien est nourri tous les jours au travail, certes, mais ce travail est mis à sa portée par le dresseur.
Cette technique est apparue en premier chez ceux dont le chien avait des problèmes en pistage (tenue, pugnacité, marquage).
Ceux qui avaient un vrai problème ont commencé à ne nourrir leur chien qu'en piste en lui proposant chaque jour un nouveau tracé.
Le chien avait donc tous les jours la possibilité de se nourrir ou pas.
Il est donc placé dans une situation complètement naturelle: Soit je pars chasser pour me nourrir, soit je reste au repos.
Les principes sont:
-Agir dans le calme, ne jamais s'énerver.
- Parler peu et ne jamais crier. Soit on énonce une commande, soit on félicite. Ne jamais se "venger" des comportements antérieurs et valider tout ce qui amène une progression.
-Seul le chien décide de manger ou pas et quelle quantité il désire manger, dans la limite de sa ration habituelle.
-Tout ce qui est demandé au chien doit être connu de lui.
-Si le chien ne réussit pas un exercice, on doit adapter sa demande en la simplifiant et en aidant le chien à réussir.
Applications:
Exemple 1:Comportement simple. On me confie un beauceron, Noé, qui fugue en permanence et se montre incapable de rester avec son maître à la promenade.
Mon jardin étant sécurisé et disposant de chenils confortables, je le prends en pension avec le protocole suivant:
Le chien est laissé en liberté dans le jardin. Un vaste chenil disposant d'une niche est laissé ouvert et contient de l'eau à disposition.
À l'heure du repas du soir, je me rends au chenil sans parler au chien et je disperse sa ration sur le sol dans tout le chenil.
Le lendemain matin, j'apparais dans le jardin avec la ration et je me dirige vers le chenil. "Noé" me suit en battant la queue et je lui donne des croquettes à la main jusqu'au chenil. Pour finir je jette le reste de la ration sur le sol du chenil.
Les jours suivants la ration sera distribuée à la main en déambulant dans le jardin. Si le chien rate mon entrée dans le jardin, je rentre à la maison sans distribuer de croquettes.
Quand le comportement du chien est stable, j'ouvre la porte du jardin et je pars avec lui me promener, en liberté, dans un endroit désert.
Résultat: Le chien me colle, surtout au début de la distribution. Je garde le dernier tiers des croquettes et je les jette dans le coffre de ma voiture.
Exemple 2 : Comportement complexe. Rapport d'objet.
Je commence à m'asseoir sur ma terrasse et à nourrir le chien quand il vient me voir. Progressivement (shaping) je vais distribuer sa ration uniquement quand il vient s'asseoir de face entre mes jambes. Pour pouvoir faire des répétitions je l'éloigne de moi en lui jetant des croquettes à 3 mètres. Si le chien ne vient pas se positionner tout de suite entre mes jambes, je me lève et je range les croquettes. C'est son choix, pas le mien.
Quand ce comportement est fixé, je vais prendre avec moi un apportable que je vais tenir à ma gauche ou à ma droite et regarder fixement moi même. Dès que le chien m'imite, je lui donne à manger en respectant le même protocole que pour le assis. (Les étapes suivantes sont décrites dans l'article "Montage du rapport d'objet sans prédation"). À chaque étape, je respecte la décision du chien mais s'il vient d'échouer, je recommence à l'étape précédente au repas suivant.
Le chien comprend rapidement que c'est son comportement qui déclenche l'attribution de nourriture. Il comprend que, s'il n'a pas faim, il n'est pas puni mais qu'il n'a qu'une seule chance de se mettre au travail . Je ne l'affame pas, il se régule!
Avec le temps, le chien constatera qu'il ne sait jamais ce qu'on va lui demander ni combien de temps ce travail durera avant d'être nourri.
Même losqu'il maîtrise un exercice, on peut parfaitement ne lui en demander que la première étape, soit un temps de travail minimum pour une paye complète mais jamais l'inverse. S'il fait, il obtient tout.
S'il ne fait pas, on va l'aider.
Philippe Roustant