En notre époque troublée, berceau de toutes les contradictions et où l'anthropomorphisme a force de loi, nous voyons fleurir de toute part des commentaires, des pétitions, des moratoires, des professions de foi visant à modifier certaines méthodes, certaines pratiques voire certaines disciplines de sport canin. J'aimerais ici développer ma vision des choses. Celle d'un utilisateur multi-disciplinaire, amoureux des disciplines de sélection.
La France est historiquement un des trois pays fondateurs du dressage canin à destination d'un programme de défense (avec la Belgique et l'Allemagne). Les différents programmes pratiqués dans ces pays ont rapidement constitué LE critère d'amélioration caractérielle des races qui y sont soumises.
Les Anglais ont développé l'agility, les pays nordiques se sont emparés de l'obédience et les U.S.A ont plébiscité les disciplines sportives et récréatives du type fly ball et fresbee mais toutes ces disciplines demeurent purement sportives et récréatives sans pouvoir participer à une sélection caractérielle. Je mets volontairement à part la discipline "troupeau" qui constitue indéniablement une sélection aboutie et complète mais qui ne concerne qu'un nombre trop limité de races, voire d'individus.
La plupart de ceux qui pratiquent une discipline de saisie n'ont pas à se soucier de la motivation de leur élève; celui ci pourra présenter des dispositions naturelles à des degrés divers mais toujours de manière suffisante pour pouvoir atteindre un niveau correct (au moins dans les lignées de travail).
L'accession vers le haut niveau de ces disciplines est d'une telle difficulté qu'il nécessite la conjonction de plusieurs facteurs (Maître compétent , équipe fiable, club affilié...etc...) et les capacités effectives du chien ne constituent qu'une des clés de la réussite.
Dans les disciplines émergentes, l'importance de la génétique est moindre; Ce qui prévaut ,c'est le savoir faire du dresseur! Ces disciplines ne nécessitant aucune résistance particulière à la pression on peut souvent y réussir avec un chien sensible, voire peureux. L'autre caractéristique des disciplines relevant de la CNEA c'est de pouvoir être pratiquée avec des chiens non inscrits au L.O.F. La conséquence immédiate est un nombre de pratiquants plus élevé, même si elles ne comportent pas plus de compétiteurs chevronnés (à haut niveau).
Fort logiquement les pratiquants des différentes disciplines sont amenés à comparer leurs méthodes voire à s'en inspirer quand celles-ci apparaissent comme plus logiques ou plus efficaces.
Ce phénomène est sain et normal: L'obédience, à ses débuts, s'est largement inspirée du plat de ring, puis de celui de RCI lorsque les notions de joie et de vitesse sont devenues plus importantes. Les différentes disciplines de saisies procèdent ainsi depuis fort longtemps. Les Rcistes ont toujours compris ce qu'ils pouvaient tirer du savoir faire des ringueurs pour monter leurs sauts ou régler leurs cessations.
Ce qui est plus discutable, c'est de dénigrer les méthodes employées par ses voisins, alors même qu'elles respectent en tous points le cadre prévu par le législateur pour ce qui concerne la protection des animaux de compagnie!
Lorsque je vois des ringueurs régler une garde d'objet avec des longes, je n'ai pas la prétention d'aller leur suggérer de le faire avec un clicker! Sans doute y ont ils déjà pensé...Sans doute ont ils buté sur d'insolubles problèmes de sur-motivation liés au costume...Il n'y a qu'eux pour pouvoir le dire et certainement pas un pratiquant d'obé-rythmée ou un agilitiste!
Lorsque je fais respecter la manche à un "client" au moment où il arrive dans la cache pour aboyer, je n'ai pas à envoyer une demande en trois exemplaires à la DSV pour lui mettre une tape sur le museau. Je le fais sans état d'âme...
Dans toute action de dressage, l'important est de respecter trois grands principes:
-On ne doit utiliser que des outils de dressage autorisés.
-Le chien doit sortir totalement indemne physiquement et psychologiquement de la situation.
-Placé dans une situation de choix, le chien doit poursuivre l'activité volontairement et avec envie.
C'est bien là que le bât blesse....
J'observe malheureusement que les donneurs de leçons, prompts à s'enflammer en critiquant les disciplines de saisie sont d'une singulière cécité lorsqu'il s'agit d'observer leur propre chien!
Combien de chiens marchant tristement pendant la M.A.P en obé?
Combien de rapports d'objet inexistants ou exécutés au ralenti?
Combien de chiens avec une motivation inexistante pour le travail?
Combien de chiens avec une pulsion de jeu réduite à néant?
Est il moralement acceptable d'amener sur un terrain de travail un chien qui n'a aucune envie d'être là?
Est-il concevable sur le plan de l'éthique sportive d'obliger un chien à réaliser un exercice alors même qu'il n'a, non seulement aucune envie d'être là, mais également aucune appétence pour la récompense qu'on peut lui promettre en échange?
Est-il compatible avec le bien être animal de proposer à un chien une tâche qu'il est génétiquement (par sélection ou par exception génétique) inapte à accomplir avec plaisir?
Je pense que tous ceux dont le chien ne travaille pas avec plaisir malgré une méthode cohérente et motivante devraient soit changer de discipline soit considérer que leur animal n'est génétiquement pas capable de produire un tel travail ....et que par conséquent, il est déontologiquement nécessaire de le laisser tranquille!
Nous connaissons tous, dans toutes les disciplines, des conducteurs qui s'obstinent à pratiquer et concourir avec des chiens qui n'ont aucune envie de faire ce qu'on les oblige à répéter sans cesse...
C'est, à mon sens, une faute bien plus condamnable que celle qui consiste à cadrer avec une longe ou un collier à pointes un chien qui s'éclate à pratiquer ce pour quoi il a été conçu et sélectionné.
Un peu de respect pour ce qu'on connaît mal me semble nécessaire pour éviter les clichés malveillants....et les insultes évidentes au bien être animal.