Overblog Tous les blogs Top blogs Sport Tous les blogs Sport
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
hulk-du-boxitan.overblog.com

Jamais sans mon chien!

La problématique de l'apportable

Publié le 3 Juin 2013 par Philippe Roustant

Avant, on montait tous nos rapports d'objet sur la prédation.....mais ça, c'était avant!
La plupart d'entre nous apprenaient l'objet à leur chien en procédant à ce que j'appelle "une analogie au mordant" . On lui montrait l'objet au bout d'une ficelle qui s'agitait et il avait vraiment envie de s'en saisir! Certains poussaient le vice jusqu'à garnir leurs apportables de toile de jute afin qu'ils soient plus agréable à mordre et à serrer. J'utilisais personnellement une ficelle en "Y" attachée des deux côtés de l'apportable et qui permettait d'exercer une traction complètement dans l'axe du chien.
Dès que le chien le serrait convenablement, on se grouillait de le lui lancer comme une balle pour qu'il courre à toute vitesse derrière et quand il revenait vers nous on l'accélérait encore en lui en montrant un deuxième qu'on jetait dans l'autre sens! Et puis un jour, quand le chien était vraiment devenu fou de l'objet, on demandait la présentation et la remise (les plus malins dissociaient déjà les deux). C'est là que les ennuis débutaient généralement....
Au bout de quelques essais, le chien montrait de moins en moins d'empressement à revenir se placer devant ou à côté de nous et encore moins à nous remettre son trésor de guerre. Certains conducteurs pensaient qu'à cet instant, il était temps d'introduire une dose de "devoir" dans cette action et, effectivement, parvenaient à se faire remettre l'objet.... après un copieux mâchonnage! D'autres, plus habiles, pratiquaient un échange avec une balle tenue sous le cou. Ceux là pensaient s'en tirer mieux que les autres jusqu'à ce que les premiers essais sans échange aboutissent au même résultat: L'angoisse de remise générait lenteur et mâchonnement. Le clicker donnait de bons résultats en statique mais le chien l'oubliait dès qu'il courait après l'apportable. La récompense promise n'était tout simplement pas à la hauteur de son amour pour l'objet.
En statique, on tentait de remédier au problème en bloquant la gueule du chien avec sa main mais dès qu'on le laissait sans contrôle au retour, le cercle vicieux recommençait: Le mâchonnement énervait le maître qui stressait le chien qui mâchonnait de plus belle!
De plus, même en utilisant une récompense cachée, le chien identifiait très rapidement les situations de concours (donc non récompensées) malgré toutes les précautions (du type faux concours) par un moyen simple: au premier rapport sans échange, le chien savait que son travail ne serait pas récompensé et mâchonnait aux suivants!
Pour comprendre comment on en est arrivé là, il suffit de se mettre à la place du chien: Dans toutes les techniques que je viens de décrire, on a cherché à faire aimer l'objet de rapport au chien. On s'est débrouillé pour qu'il s'amuse avec et qu'il le considère comme SA proie. Dès lors, il n'y a aucune surprise à découvrir qu'il n'aime pas le rendre! Si l'on base cet exercice sur la pulsion de proie, il est obligatoire que cela débouche sur une appropriation de l'objet par le chien.
Bien sûr, le chien sait qu'il doit rapporter cet objet mais, comme au fond de lui existe un conflit d'appropriation, son travail portera les stigmates de cet état mental, par exemple:
-Pousser l'objet du museau, jouer avec, en faire le tour avant de ramener.
-Ralentir au retour (le chien va plus vite à l'aller qu'au retour)
-Reprendre en gueule pour le mettre sur les molaires du fond (action non nécessaire pour porter, donc appropriation)
-Faire un détour avant de présenter l'objet (quand ce n'est pas s'esquiver avec!)
-Mâchonner en arrivant autour du maître
-S'asseoir trop loin du conducteur (ou quelquefois, refuser de s'asseoir)
-Tourner ou baisser la tête pour éviter les mains du maître
-Tirer sur l'objet au moment de la remise, refuser d'ouvrir la gueule.
Il paraît difficile d'être plus clair pour un non verbal comme le chien: Il nous montre clairement qu'il n'a aucune envie de remettre cet objet rapidement, dans le calme et avec précision; En revanche, il veut bien courir après, jouer avec et revenir vers nous pour continuer à jouer, voire procéder à un échange si on lui promet quelque chose de plus intéressant.
Si on augmente la contrainte, on augmente l'angoisse et donc on voit apparaître l'un des symptômes pré-cités.
Tout cela parce qu’on a consciencieusement oublié de faire comprendre au chien que rapporter est un travail, pas un jeu! Le fait que tout travail mérite salaire n'empêche pas que cette récompense soit dispensée au bon vouloir du maître et ne constitue pas une monnaie d'échange ou de troc.
La solution est alors évidente: éviter dans le montage que le chien s'approprie l'objet!
Le chien ne doit en aucun cas aimer l'objet comme il aime sa balle: Ce que le chien doit aimer, c'est ce que le maître donnera en échange (nourriture, balle, félicitations....)
Pour cela, il importe qu'il ne considère pas l'objet comme une proie après laquelle il peut courir car aucune récompense n'est comparable au plaisir ressenti à courir après SA proie.
Aujourd'hui, la plupart des conducteurs ont compris une partie de ce qui précède et commencent leur apprentissage du rapport par le statique final (très fréquent en Obédience). Ce principe seul, sans y associer une notion de devoir , ne peut constituer une base de travail suffisante (même si elle apporte de bons résultats avec certains chiens bourrés de "Will to please") en raison du fait qu'elle occulte le rapport au maître et entretient l'ambiguïté sur la notion du "Qui fait quoi, pour qui?". Le chien est supposé VOULOIR le faire et personne ne se préoccupe de lui expliquer qu'il DOIT le faire.
Dans un prochain article, nous verrons comment on peut s'y prendre pour, progressivement, intégrer cette notion .

Publicité
Publicité
Commenter cet article
J
Vivement la suite de cet article . Je pratique le programme belge d'obéissance qui est sensiblement différent du programme international . L'apportable est monté sur la pulsion de proie avec tous les problèmes qui en découlent très bien décrits dans cet article . Malgré cela , nous le faisons parce que c'est un exercice qui demande beaucoup de "will to go": objet étranger au chien , de formes et de matières variées souvent rebutantes pour un chien , lancé dans un labyrinthe obstrué d'obstacles de toutes natures .
Répondre
C
Avant, on montait tous nos rapports d'objet sur la prédation.....mais ça, c'était avant !»<br /> <br /> Ah oui et non ; en tous les cas pas en dressage pour le sauvetage à l'eau de mes Terre-Neuves même dans les années 80. Sinon on aurait envoyé un chien rechercher un &quot;plongeur&quot; comme une proie ? <br /> Le pauvre, drôle d'idée, je rappelle qu'à cette époque le chien devait saisir avec la gueule celui qu'on lui demandait de &quot;sauver&quot;, donc on utilisait : 1) le contrôle de la morsure sur la peau humaine sans inhibition fait avant le quatrième mois du chiot par le mâitre. 2) la prise d'un bras ou d'un objet en statique sans appliquer de pression ni mâchouiller, d'abord à terre, ensuite pendant la nage. 3) le en avant avec rappel et 4) la motivation (peut-être aussi une forme d'instinct) du sauveteur, mais surtout pas l'instinct du chasseur. Il devait y avoir plus d'interaction multi-disciplines, sauf que maintenant comme j'ai vu qu'on ne les laissait plus saisir avec leur gueule, il y a fort à parier que l'essentiel est oublié et que plus personne ne sait plus comment faire.
Répondre
C
P.S.<br /> La période pendant laquelle on peu facilement apprendre à un chiot à se servir de sa gueule, comme je l’entends dans mes propos précédents, se situe idéalement entre la 7ème et la 10ème semaine, moins évident après et définitivement impossible dès qu’il a ses dents d’adulte. Evidement il ne faut pas rater le coche, sinon après il faudra faire usage d’autres techniques.
C
Salut, <br /> Maintenant la prise en gueule est un sujet tabou pour beaucoup alors … C’était il y a 30 ans et on leur apprenait d’abord à bien se servir de leur gueule avant de leur faire rapporter quoi que ce soit, donc à l’époque et dans mon esprit, objet ou humain, c’était la même action. Si un chien n’était pas délicat avec un objet, il ne l’était pas non plus avec le plongeur. Le tug était aussi un excellent entrainement, un chien avec de puissantes mâchoires, avait une prise en gueule beaucoup plus assurée et faisait rarement mal. De nos jours, je n’ai rencontré que des dresseurs en FIELD-TRIALS qui avaient conscience de cela puisque leur retriever doit rapporter le gibier intact.
S
Salut,<br /> j'ai dressé aussi pour le sauvetage à l'eau et je n'ai jamais amené mes élèves à considérer que c'était un rapport &quot;d'objet&quot; ou d'humain. Les chiens pour Handicapés connaissent le &quot;tug&quot; pour tirer sur quelque chose et on peut faire tirer un objet en direction du maître sans qu'il y ait non plus d'accointances avec le rapport d'objet.
Publicité