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Jamais sans mon chien!

L'effet Pygmalion

Publié le 28 Août 2013 par Philippe Roustant

En pédagogie l'effet Pygmalion (parfois nommé effet Rosenthal & Jacobson) est une prophétie auto-réalisatrice qui consiste à influencer l'évolution d'un élève en émettant une hypothèse favorable sur son devenir futur.
Cet effet est largement connu dans le monde du sport et il n'y a aucune raison que le sport canin échappe à la règle.
Il est rare que l'effet Pygmalion se fasse sentir en dehors de toute logique et de tout prémices favorable.
Si je recueille un bâtard sans tonus particulier (donc, l'expression d'un hasard), il y a peu de chance que je projette sur lui des aptitudes d'apprentissage hors normes même si, à l'usage, il s'en révèle pourvu.
En revanche si je viens d'acquérir un chiot disponible et intense issu d'une lignée intéressante (donc, l'expression d'un désir), je vais projeter sur lui un fantasme de réussite qui va constituer tantôt un formidable atout, tantôt un handicap difficile à surmonter.
Pendant toute la période d'apprentissage (en fait , jusqu'à ce qu'un certain nombre de preuves à charge ou à décharge soient établies...) la haute idée que je me fais de mon élève va le booster pour répondre à mes attentes.
Les difficultés seront escamotées, l'élève sera encouragé, soutenu et poussé toujours plus loin et plus vite sur la voie du succès.
Si un échec partiel survient, il sera considéré comme provisoire et conjoncturel, en liaison avec un souci physique ou mental réversible (sa nourriture qui ne lui convient pas, une fatigue passagère, une blessure inopportune...etc...). La confiance dans le sujet n'est guère altérée. C'est le hasard ou la malchance qui endosse la responsabilité de cet échec.
Certains parviennent à rester perpétuellement dans cet état d'esprit , et je les envie!
Malheureusement, j'ai le défaut d'être en toutes circonstances effroyablement lucide...
Par voie de conséquence, j'ai souvent tendance à me comporter comme saint Thomas ("Je crois ce que je vois").
L'analyse objective des performances de mon élève m'amène souvent un déficit de confiance mais elle me permet également de ne pas jeter trop vite le bébé avec l'eau du bain.
Car au moment ou l'effet Pygmalion se heurte au principe de réalité, il devient effroyablement destructeur. Devant l'absence de résultats majeurs, le maître répudie mentalement l'élève et se trouve incapable de reconnaître ses réussites partielles. L'élève n'est plus soutenu, il perd confiance, ses performances chutent. La relation explose!
Schématiquement, il y trois grandes catégories de compétiteurs:
-Les pygmalions : D'un optimiste inébranlable, ils sont persuadés qu'ils ont un crack, un lion, un champion universel. Ils pensent aussi qu'ils n'ont pas l'équipe et les conditions d'entraînement qu'ils mériteraient ou que le sort leur est souvent défavorable.
-Les pragmatiques : Ils ont bien compris que leur chien n'est pas un foudre de guerre, mais ils savent tirer leur épingle du jeu. Aux cartes, ils brilleraient dans les tournois dupliqués (où chaque joueur doit faire le meilleure score avec une main identique). Ils sont patients et savent attendre la chute des favoris.
-Les absolutistes: Ils doutent de tout! De leurs méthodes ,de leur chien, de leurs entraînements, de l'état de forme de leur poulain...mais ils avancent à toute vitesse et prennent le moindre contre temps comme la fin du monde (ou de leur carrière...). Ils s'entraînent sans cesse et pensent toujours que c'est dramatiquement insuffisant! Ils gagnent parce qu'ils se remettent en question et avancent toujours dans une seule direction : vers le haut!

J'aimerais dire un mot des coachs, dont je suis, pour expliquer combien les rapports sont complexes entre un coach et son champion . Je mets volontairement de côté les associations de circonstance (mari/femme , par ex) parce qu'elles sont forcées.
Il est rare qu'un champion se cherche un mentor, c'est plutôt le hasard qui les réunit.
Il y a un proverbe que j'aime beaucoup, issu de la culture des arts martiaux:
"Lorsque l'élève est prêt, le maître apparaît..."
Un élève prêt? Mais prêt à quoi?
-à se consacrer physiquement et mentalement à la compétition.
-à sacrifier ses autres loisirs et tout son temps libre...et parfois plus encore.
-à ouvrir son esprit au sens de ce qui lui est proposé.
-à être malmené psychologiquement, à être poussé au delà de ses limites de confort.
-à faire des sacrifices financiers, affectifs ou matériels
-à comprendre pour pouvoir transmettre à son tour
Rappelez vous que plus vous exigerez d'un élève , plus il sera en droit d'exiger de vous!

Il existe une sorte d'antithèse à l'effet Pygmalion...c'est l'effet Golem ...
L'effet Golem c'est ce qui vous pousse à réussir les choses avec d'autant plus de conviction qu'on vous en croit incapable ou qu'on vous prédit l'échec.
Plus on vous croit incapable de réussir , plus vous vous sentez fort..
Plus le nombre d'opposants est grand, plus il multiplie vos capacités...
Plus on vous annonce que vous serez stressé et paralysé par l'enjeu, plus vous vous sentez zen et en pleine possession de vos moyens...
Devinez à quoi je carbure....

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