Focalisation et récompense à distance.
C'est une notion qui a été popularisée par Bart bellon Himself.
Il l'utilise dans différentes vidéos réalisées avec Thor.On le voit focaliser son chien sur une balle et parfois le faire aboyer SUR cette balle. Quand le chien bave littéralement d'excitation, il lui demande quelque chose (Marche au pied, positions....etc). Le chien est compressé entre sa motivation ainsi exacerbée et un ordre précis qui ne peut mener à la libération finale que s'il est parfaitement exécuté avec un calme et une neutralité émotionnelle- APPARENTE- suffisante.
Quels sont les bénéfices d'une telle méthode ?
-Le chien devient clairement acteur de son apprentissage puisqu'il tend, par son obéissance, à réclamer une autorisation et non pas directement le jouet ou la nourriture comme c'est le cas lorsque l'objet de motivation est dans la poche, dans la main ou sur le conducteur.
-Si l'on prend soin de coder l'endroit de la récompense, le travail demandé peut tout à fait s'envisager hors vue de celle ci. A terme, on peut même envisager de rentrer sur le terrain , de demander un certain travail (dont la durée et la difficulté augmentent graduellement même si on conserve un caractère aléatoire) puis d'envoyer le chien chercher sa récompense dans le coffre de la voiture.
-Les ordres strictement opposés se renforcent toujours : si on insiste pour qu'un chien garde sa prise sur ordre, on augmente aussi la netteté de sa cessation. De le même manière, si on demande au chien de fixer sa récompense , on augmente la fiabilité de sa fixation sur le maître.
-Avec cette méthode, le maître devient bien plus qu'un distributeur de nourriture ou un lanceur de balles : Il devient un partenaire interactif qui détient la clé de la récompense. Le conducteur et le chien travaillent ensemble à la réussite du travail entrepris et l'un peut autoriser l'autre à aller chercher une récompense qu'il aura préparé. Avec un chien rompu à cette technique on n'aura plus de baisse d'intensité au cours du travail puisque le chien est toujours convaincu de l'existence matérielle de cette récompense (il l'a vue!) et du fait que sa coopération déclenchera le fameux sésame. Notons qu'on évite également les effets de paralysie ou de ralentissement lié à la vue de la récompense PENDANT l'action (à cause de l'instinct de proie).
Comment commencer ?
La première étape consiste à associer la récompense à un lieu matériel . Ce lieu doit être facilement identifiable et visible en sus d'être aisément transportable.
J'utilise personnellement une caisse retournée au centre de laquelle je pose la nourriture ou la balle.
Le chien est entraîné à aller chercher sa récompense à partir d'une position progressivement de plus en plus éloignée. Il sait où elle est (même derrière lui...) et s'y rend au signal sans hésitation.
Pour les activités de mordant , j'utilise une potence à laquelle est suspendu un boudin de motivation qui ne tient que par une simple pince plastique (du type pince à linge).
Le principe est rigoureusement le même , ce n'est que par la suite que cela débouchera sur un travail avec l'HA qui remplacera la potence avec les mêmes consignes.
Ensuite, on montre la cible/récompense en maintenant le chien de façon à augmenter sa motivation.
Il importe de bien considérer dès le départ pour quelle discipline on travaille et quel degré de motivation on souhaite obtenir …
Si c'est pour de l'obédience, il est prudent de se contenter d'une simple fixation du regard car il est impératif d'éviter tout gémissement et tout trépignement lié à l'intensité.
Si c'est pour le RCI ,cela a moins d'importance car, dans cette discipline, on demande et on accepte des chiens plus « haut dans les tours » .
Dès lors, on peut faire aboyer sur la récompense avec pour conséquence une forte compression. Cet exercice sera aisément transposable sur la cachette.
Ensuite, on procède comme je le décris dans l'article « je suis la clé » : on demande au chien de se placer en position de base avec le regard tourné vers vous.
On se positionne perpendiculairement à la récompense avec celle ci à main gauche, éloignée de 2 à 3 mètres.
Il importe que la laisse ne soit pas utilisée pour autre chose que de retenir le chien s'il tente de se saisir de la récompense.
Plus on respectera ce principe de non coercition, plus vite le chien deviendra acteur de la séquence en comprenant que c'est sa propre attitude qui déclenchera l'attribution de la récompense.
Dans les premiers essais , contentez vous d'une fixation de une à trois secondes, avant d'augmenter progressivement ce temps jusqu'à une dizaine de secondes.
Pourquoi pas plus ?
Parce que ce n'est pas là une finalité : Nous désirons marcher !
Comme dans la marche au pied avec leurre, c'est le premier pas qui est important : Lorsque celui ci sera fiabilisé , c'est toute la marche qui suivra.
Nous allons donc demander une suite au pied, mais pas dans n'importe quelle direction !
En effet nous prendrons soin de marcher dans le sens opposé à la rotation horaire, en gardant le chien entre vous et la récompense.
Ce carré magique aura approximativement 5 mètres de côté et on libérera le chien toujours après un arrêt (pour éviter des anticipations qui l'éloigneraient de votre jambe).
Ce travail se fait dans le calme et la concentration, avec des mouvements lents et contrôlés.
Quand cela est maîtrisé, il est temps de montrer au chien qu'il peut (et doit) fixer l'objet de son désir lorsqu'il en reçoit l'ordre....
Cela se fait toujours à l'arrêt et un geste de la main est non seulement possible mais souhaitable pour lever toute ambiguïté sur votre demande.
Le chien est récompensé alternativement dans l'une ou l'autre position (regardant le maître ou regardant la récompense) étant bien entendu qu'on récompense prioritairement la position la plus faible (celle que le chien réussit le moins bien).
Quand cette étape est maîtrisée, on peut commencer à agrandir ce carré, voire à s'en éloigner.
Pour une utilisation dédiée à l'obédience, j'aime particulièrement jouer sur la distance en ligne droite ; Soit qu'on recule face à la récompense , soit qu'on avance dos à la récompense. Ainsi, le chien perçoit mieux que c'est son comportement qui déclenche l'autorisation et il apprend aussi que cette récompense peut se situer dans son dos.
Le travail sur les positions devient plus facile car le chien tend naturellement à ne pas avancer si la récompense est située derrière lui.
Durant tout cette apprentissage, il est d'une importance primordiale qu'il n'y ait aucune ambiguïté dans les ordres émis (travail ou libération) non plus que dans les gestes associés (regarde!) ; faute de quoi, on crée une instabilité chez le chien qui tente de détecter au plus tôt (et parfois à tort) une libération !
Il est temps de réduire la taille de la cible sur laquelle est posée votre récompense et également de penser à l'éloigner pour qu'elle se retrouve progressivement HORS de la zone de travail.
On retrouve là les caractéristiques de la balle laissée à un comparse à l'entrée du terrain. Sauf qu'ici, nul besoin de tromper le chien qui sait parfaitement que la récompense n'est pas sur vous même si vous détenez le pouvoir de la lui donner.
Rien n'empêche d'ailleurs d'habituer le chien à aller chercher sa récompense chez une personne précise qui la détient près de la sortie.
Seules les personnes manquant de rigueur et de leadership courraient alors le risque de subir des anticipations du chien au cours du travail....mais ce risque existe également avec d'autres méthodes (chien démotivé par l'absence de récompense, ou s'excitant de sa non apparition).