La "Relation" est clairement aujourd'hui au cœur des débats.
Tous les "amis des animaux", les membres de la "protection animale", les "végans" et tous ceux qui se sentent interpellés par l'antispécisme (mouvement qui ne reconnaît pas l'espèce à laquelle appartient un individu comme critère essentiel permettant de l'appréhender) sont persuadés que, par définition, non seulement la relation prime sur tout conditionnement, mais également qu'elle est obligatoirement de meilleure qualité chez ceux qui placent le respect de l'état naturel au dessus de l'inter-action.
Je débats par exemple souvent avec des individus qui me tiennent des propos tels que ceux ci:
-Certains affirment qu'il est préjudiciable de jouer avec un chien (et encore plus de développer son amour pour un objet) car c'est une action contraire au maintien de sa nature de chien. Ils voient dans l'appétence du chien pour son jouet l'expression d'un comportement de "junkie" qui serait en état de manque sans sa balle (et demandeur pour cette seule raison)!
-D'autres rejettent d'un bloc la pratique du mordant sportif, coupable dans leur esprit d'augmenter l' agressivité du chien et de développer certains instincts au point (d'après eux, non naturel) où ils deviendraient difficilement maîtrisables. Là aussi , le conditionnement se substituant à "l'état de nature".
-Enfin, nombre de conducteurs d'obédience (et, d'une manière générale, les pratiquants d'une discipline de la C.N.E.A ) estiment que la relation prime largement sur le choix d'une technique de travail pour parvenir à un résultat intéressant.
L'ensemble des affirmations ci -dessus est assez éloigné de ma propre perception mais vient également en contradiction avec les exemples inombrables que j'ai pu observer dans le monde des chiens d'utilité.
De mon point de vue, une relation équilibrée avec un animal se définit ainsi:
-Un respect mutuel. Faute duquel l'un des deux peut blesser l'autre, le maltraiter ou le tenir en esclavage.
-Une inter-dépendance affective ou psychologique. Qu'elle résulte d'un apprivoisement ou de la satisfaction d'un instinct de protection, elle doit conduire à l'expression d'une solidarité.
-Une activité fédératrice. Où chacun trouve une satisfaction supérieure à la pratique individuelle.
Le jeu se substitue t'il à la relation elle même?
Il est absurde de penser qu'un chien est "drogué" à la balle ou à son boudin; ce qu'il aime plus que son objet de motivation, c'est l'inter-action de jeu avec son être d'attachement. Des expériences ont été menées dans les chenils de l'armée qui ont démontré que les chiens préfèrent les employés chargés de les sortir ou de jouer avec eux que ceux chargés de les nourrir.
L'interface entre le chien et son conducteur n'est utilisé que pour sa capacité à être éloigné de l'un ou de l'autre et constituer un élastique qui les rapproche inéluctablement. Un chien qui connaît les codes du jeu n'a que faire de son jouet seul!
Ce qui l'intéresse, c'est l'inter-action avec son partenaire; parce qu'elle valorise (par la difficulté à l'obtenir) l'obtention de son objet de motivation.
Et la pratique d'une activité codifiée?
Les chiens sont sélectionnés depuis la nuit des temps sur des instincts spécifiques (plus exactement sur leur répartition, suivant leur race) qui les rendent particulièrement aptes à accomplir des tâches au service de l'homme.
Aujourd'hui, aucune machine n'est capable de détecter un explosif ou un stupéfiant aussi bien qu'un chien. Des millions de dollars ont été dépensés dans ce but en pure perte aux Etats Unis d'Amérique.
Aucune technique d'investigation n'est aussi pointue que le nez d'un chien pour déterminer la présence d'une trace volatile d'ADN. (Cf: Odorologie).
Personne ne peut prédire une crise d'épilepsie ou diagnostiquer un cancer mieux qu'un chien formé à cet effet.
Je ne m'étendrai pas sur les chiens guides ou ceux qui aident les handicapés mais l'ensemble de ces merveilleuses capacités est le fruit d'aptitudes naturelles sélectionnées et entraînées pour devenir efficaces.
Il ne viendrait à personne l'idée que ces merveilleux chiens n'ont pas une relation extraordinaire avec leurs maîtres. Or, cette relation s'est construite APRES le conditionnement opérant qui leur a permis de maîtriser une activité et, pour l'essentiel, au cours de l'exercice de cette activité. Dans la plupart des cas, la personne qui a appris au chien à maîtriser un groupe de compétences spécifiques n'est pas celle qui les exerce au quotidien!
Une évidence:
J'ai eu la chance de cotoyer un grand nombre de compétiteurs dans de multiples disciplines . J'ai toujours constaté une corrélation entre le niveau atteint dans la maîtrise de leur activité commune et la profondeur de la relation qui les unissait à leur partenaire.
J'ai vu des bergers qui parlaient à leurs chiens sans un mot.
J'ai vu des sauveteurs en décombres ou en avalanche qui collaboraient avec leur chien pour sauver des vies au mépris de la leur.
J'ai vu de grands compétiteurs en obé, en RCI, en pistage ou en ring atteindre une symbiose totale avec leur compagnon. Je pourrais citer les noms....
En 20 ans de pratique d'éducation canine (soit environ 400 chiens), jamais je n'ai vu une telle complicité dans la relation que peuvent entretenir de simples propriétaires de chiens avec leur animal, y compris chez ceux qui leur juraient chaque jour un amour éternel et qui prétendaient lui offrir des conditions de vie idéales en terme d'espace, de confort et d'affection.
Aucune relation ne peut être comparée à celle qu'on construit jour après jour lorsqu'on sollicite les instincts les plus puissants du chien au travers d'une activité faite à la mesure de ses immenses qualités.