J'ai publié le 8 Mars 2013, ici même, un article de Stanley Coren (auteur de "L'intelligence des chiens") intitulé "le classement des races de chien par l'intelligence" sans en écrire une ligne moi même...
Il se trouve que cet article a fait un buzz incroyable sur mon blog avec des dizaines de milliers de visites et de partages sur d'autres sites!
Sidéré par l'anthropomorphisme , le nombrilisme et pour tout dire, la bêtise de certains commentaires, j'ai constaté rapidement qu'on pouvait les classer en trois catégories:
1) Ceux qui refusent l'idée qu'on puisse mesurer et surtout comparer l'intelligence des chiens par réaction anthropomorphique.
2) Ceux qui contestent le protocole d'évaluation choisi et la validité des tests ou qui mettent en doute la fiabilité des réponses (arguant sans doute que le nombre de chiens testé est insuffisant pour chaque race) voire la profession des testeurs (Un éducateur canin, c'est bien connu, ça n'y connaît rien!)
3) Ceux qui cherchent leur race de prédilection sans avoir regardé correctement (bien que certaines races, peu représentées, n'apparaissent pas réellement) qui refont le classement à leur convenance ou qui s'insurgent contre le rang indigne réservé à leur Kiki d'amour.
Aux premiers je pose cette question fondamentale:
Croyez vous que toutes les races de chiens possèdent une intelligence (je parle bien d'aptitudes innées) comparable dont les limites ne dépassent pas celles de l'individu?
Si votre réponse est oui , vous pensez qu'il y a autant de lévriers Afgans qui sont des génies que de borders collies....
Mais pourquoi donc les lévriers ne gagnent ils pas tous les concours d'obé?
Si vous pensez que c'est un hasard, il suffit juste de confier des lévriers aux champions et ils ne vont pas tarder à dominer le reste du monde qui sera bêtement resté avec ses borders, BAT, malinois...etc...!
Aux seconds, je recommande juste de relire le protocole de réponses croisées choisi par Stanley Coren: Il a recoupé ses propres tests (dont certains sont contestables ou peuvent être améliorés, c'est certain) avec les observations de plusieurs dizaines de professionnels de l'éducation canine.
Ce qui ressort de ses recherches, c'est une aptitude moyenne à l'apprentissage et à la résolution de problèmes. Cela permet de lisser la performance non caractéristique d'un individu par rapport à la moyenne de sa race.
Aux troisièmes, je conseille d'essayer de comprendre avant de réagir de façon épidermique. Il n'y a aucune honte à posséder un chien qui n'est objectivement pas très intelligent: il a sans doute plein d'autres qualités, dont celle de vous aimer plus qu'aucun autre. Il ne faut pas confondre les critères d'intelligence nécessaires à la résolution de problèmes ou à l'assimilation rapide de nouveaux apprentissages avec l'adaptation sociale et l' empathie affective dont est capable un chien.
Je travaille avec des chiens de toutes races depuis de nombreuses années. Il est normal que ma vision des qualités respectives de chaque race soit plus aiguisée que celle de la plupart des gens.
Dans chaque race il y a des individus plutôt futés et d'autres qui le sont moins mais il y a indéniablement une prédisposition raciale à apprendre de nouvelles choses qui dépend en grande partie du fait qu'il s'agit de races soumises à l'utilisation depuis la nuit des temps par l'homme.
Ces années d'expérience m'ont également permis de m'apercevoir que l'intelligence est loin d'être le critère exclusif de réussite dans le dressage.
En effet, l'homéostasie sensorielle, la stabilité caractérielle, le biotonus naturel, le "will to please" sont des facteurs de réussite tout aussi importants.
Imaginons une seconde un chien supérieurement intelligent mais qui n'arriverait pas à gérer ses différentes phobies ....à quoi peut bien lui servir cette intelligence?
On peut prendre le même exemple avec un chien surdoué intellectuellement mais si lymphatique qu'il n'a aucune envie de se bouger...
Ou le cas d'un chien magnifiquement pourvu en cellules grises mais dont le caractère soit si fort qu'il le conduise inéluctablement vers le conflit.
De même avec un chien parfait physiquement et mentalement qui n'aurait aucune volonté d'inter agir avec l'humain....il serait juste l'égal d'un loup...et les loups n'ont aucune envie de travailler avec les hommes.
Si l'on pense en outre que tous ces critères sont non seulement modifiables par l'entraînement mais en outre qu'ils évoluent avec l'âge ,on peut introduire une nouvelle variable: la capacité à garder une grande partie de ses capacités (solidité physique, biotonus élevé, pugnacité.etc...) jusqu'à un âge avancé.
À cet égard, le malinois, qui n'apparaît qu'à la 22ème place du classement est en réalité bien mieux armé pour briguer les premières places des concours (et il ne s'en prive guère!)
Ai- je besoin d'en dire plus? Je pourrais encore parler de l'aptitude au conditionnement, de la capacité récitative... j'en passe et des meilleures.
Alors arrêtez de vous prendre la tête avec le classement de votre petit chéri et faites plutôt ce que vous pouvez pour tirer le meilleur de ses capacités.