Voici un article paru sur le blog suivant:
"marie-perrin-comportementaliste.blogspot.com"
Elle est suivie d'une vidéo de César Milan , l'éducateur américain que j'ai eu le plaisir de rencontrer et de voir travailler. Dans cette terrible vidéo on voit César contraindre avec une laisse un tyran domestique qui a déjà mordu ses propriétaires à plusieurs reprises et qui risque l'euthanasie si cet éducateur ne lui fait pas comprendre ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas! Qu'en raison de celà on le présente comme le champion de la détresse acquise me paraît légèrement exagéré: C'est oublier bien vite qu'il sauve en réalité la vie de ce chien, au contraire de certains comportementalistes prompts à conseiller l'euthanasie des cas lourds qu'ils sont incapables de gérer.
Si la première partie du texte fait référence à des travaux scientifiques incontestables (Learned helpness theory par Martin Seligman ) , la suite de l'article procède d'une dangereuse généralisation rapportée à l'éducation canine.
En effet, outre le fait que Martin Seligman cherchait en réalité à expliciter certains comportements humains lors de la deuxième guerre mondiale et qu'il lui était impossible déontologiquement d'utiliser des cobayes humains, le fait d'étendre le concept de "détresse acquise" à toutes les manifestations de frustration inhibées me paraît participer d'un raisonnement spécieux.
Madame Perrin fait ainsi référence à la célèbre scène du film "L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux" où Robert Redford, armé de son seul chapeau de cow-boy, poursuit un cheval sauvage dans un enclos rond jusqu'à ce que l'animal vienne de lui même poser sa tête sur son épaule. Rappelons qu'il s'agit là d'un comportement complètement naturel facilement observable dans les hardes de mustangs. Horrible crime de lèse liberté visant à reconnaître chez le cheval , comme chez le chien, une ritualisation des comportements agonistiques de dominance.
S'ensuit une longue diatribe sur toutes les situations où on oblige les chiens à inhiber des pulsions parfaitement naturelles, comme celle d'aboyer.
Nous connaissons tous, hélas, beaucoup de chiens aboyeurs qui ont payé ce léger travers non corrigé d'un abandon ou d'une euthanasie!
Qu'un propriétaire tente de sauver la vie de son animal grâce à un collier à la citronnelle (ou même électrique) ne me semble pas relever de la pire barbarie.
Si l'on en croit l'auteur, toute action visant à réprimer un comportement naturel chez le chien est suceptible d'entraîner cette terrible "détresse acquise"
Je suppose donc qu'il faut également se garder de réprimer l'instinct de proie sur les animaux de basse cour ou sur les chats et qu'on peut sans souci laisser médor exprimer son instinct de garde sur le facteur faute de quoi, on risque de le plonger dans une grande détresse psychologique pouvant conduire à la dépression chronique!
Ma foi, en y repensant, je trouve que moi aussi, je suis victime de ce terrible syndrôme : J'ai tenté de nombreuses fois de me soustraire à une longue scolarité avant de m'y résigner; j'ai rechigné à aller tous les matins au boulot avant de m'y faire; J'ai compris l'inutilité de chercher à discuter avec les forces de l'ordre qui, par définition, ont toujours raison! Je respecte les interdits et l'autorité ...bref, je fais comme mon chien: Je gagne mes instants de liberté grâce à ma bonne éducation qui m'a définitivement plongé dans "un état de détresse acquise"...et je gage qu'il n'est pas plus malheureux que moi puisqu'il continue au quotidien à se montrer "actif et ouvert" (voir mon article dédié) ce qui est communément admis comme le contraire d'un symptome dépressif...
Voilà donc cet article pour vous faire votre propre opinion:
L'état de détresse acquise , par Marie Perrin
Soumis à nos lubies les plus folles, dressés par le biais de méthodes coercitives, non respectés dans leur être et leur identité, nombre de chiens apprennent, dans la douleur, qu’il ne sert à rien de lutter : ils sont en état de détresse acquise, une forme de dépression dont, malheureusement, l’on ne parle guère.
Martin Seligman, chercheur en psychologie, professeur à l’université de Pennsylvanie, formula à la fin des années 60 sa théorie de l’impuissance apprise (learned helpness), depuis largement adoptée par la communauté scientifique internationale. A l’aide d’expériences menées sur des chiens, il démontra qu’un individu, humain ou animal, placé dans l’incapacité de contrôler les événements survenant dans son environnement, adopte une attitude résignée et passive. On la dit « apprise » car, même si l’individu a ensuite la possibilité d’agir sur ce qui lui arrive, il reste sans rien faire, comme anesthésie, sidéré.
L’expérience de Seligman (et de son équipe) fut la suivante : il soumit des chiens entravés à des chocs électriques. Les chiens pleurèrent, hurlèrent, tentèrent d’échapper à leur sort. Puis ils renoncèrent et se couchèrent au sol, manifestant des symptômes semblables à ceux de la dépression humaine. Lorsque Seligman les laissa libres de pouvoir s’échapper, il s’aperçut que les chiens ne tentaient plus de fuir la douleur : ils avaient appris à l’accepter avec résignation.
De nombreuses espèces sont concernées par l’impuissance acquise : il n’y a qu’à penser à cette célèbre scène de « L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux » lorsque, vaincu et rompu, le cheval ploie l’échine devant son bourreau « chuchoteur ». L’être humain, lui aussi, peut, suite à des traumatismes, du stress ou des situations répétées de double contrainte, perdre sa capacité à rebondir, à s’adapter. Il subit alors anxiété, apathie, dépression, perte de motivation, parfois de manière irréversible. L’actualité de ces dernières années fournit en nombre des exemples de ces désespoirs parfois mortels.
Des états de détresse acquise plus nombreux qu’on ne le pense
Les états de détresse acquise sont plus fréquents qu’on ne l’imagine chez nos chiens de compagnie, forcés de mille manières à se plier à notre volonté : attachés en bout de chaîne, enfermés toute la journée, dressés à l’aide de méthodes irrespectueuses, violentes et coercitives, affublés de colliers anti-aboiement (électriques ou à citronnelle)… autant de situations auxquelles ils ne peuvent pas se soustraire et qui, de fait, les plongent dans la résignation la plus profonde qu’à tort, nous prenons pour un apprentissage positif, du bon tempérament ou du « simple » conditionnement.
Prenons l’exemple du collier anti-aboiements : le chien ne peut pas fuir les décharges puisqu’il a en permanence le boîtier attaché au cou. Et dès qu’il vocalise (comportement naturel pour lui, rappelons-le !, parfois même, de surcroît, encouragé dans certaines circonstances), il se voit délivrer une décharge (électrique ou odorante) à laquelle, inévitablement, il ne peut rien comprendre. Il va peut-être apprendre à se taire, mais au prix de quelle souffrance psychique ? Certes, le comportement gênant aura disparu, mais pourquoi ? Tout simplement parce que le chien aura appris qu’il ne sert à rien de résister.
L’on peut aussi citer ces chiens d’exposition, bêtes à concours laquées, talquées, brossées, pomponnées, parfumées, parfois même colorées, et qui, une fois sur le ring de beauté, sont saisis de part et d’autre du corps, une main sur le museau, une main pour redresser la queue à la verticale, mis et remis en place malgré le bruit et la chaleur : n’ont-ils pas, eux aussi, fait l’apprentissage que rien ne sert de se défendre ? Ces chiens apparemment si dociles sont, en fait, en état de détresse acquise : ils ont capitulé…
Que voulons-nous pour nos chiens ?
Est-ce réellement ce que nous voulons pour nos chiens que, par ailleurs, nous disons chérir de tout notre cœur ? Aimer, n'est-ce pas respecter l’autre dans son identité propre, dans sa différence? N'est-ce pas apprendre à le connaître pour ne pas lui demander plus que ce qu’il peut donner ? Aimer, c’est aussi ne plus vouloir, à tout prix, un compagnon parfait, mais plutôt un compagnon heureux et équilibré. C’est ne pas le forcer à subir nos mille fantaisies coûte que coûte, mais accepter qu’il soit un chien, et non pas un substitut d’humain. Un chien qui exprime son désir, qui réagit, qui interagit, et qui nous « dit » parfois, à sa manière, que ce qu’on lui demande ne lui plaît pas. A nous de tolérer de n’avoir pas systématiquement gain de cause. Et de viser sa coopération et sa collaboration plutôt que sa « soumission"
Voilà également le lien vers la vidéo concernée:
https://www.youtube.com/watch?v=IjLDQmgYd-s&list=WLIrBX9O_n-38RgU6Jps8R9lnreXMS1MS2