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Jamais sans mon chien!

La construction de l'absence sous diversion

Publié le 6 Décembre 2015 par Philippe Roustant

L'absence de compétition:

A) Intensité/Durée/Distance:

Pour moi, il n'y a aucun chien duquel on ne peut pas obtenir une absence correcte, même en cas de stress, d'anxiété de séparation ou de phobies. Aucun échec en 15 ans avec mes chiens (encore heureux!) ou les chiens qui me sont confiés pour l'éducation ou la compétition. je pense que l'ensemble s'élève à 250/300 cas.

La base c'est de travailler suivant les trois règles d'or

  1. Intensité:c'est la somme de mouvements brusques, sans contact et de stimuli autour du chien

  2. Durée: c'est le temps pendant lequel on impose la position à moins d'un mètre.

  3. Distance . à vue, puis hors vue mais toujours avec une possibilité d'intervenir (voix ou longe). Si un chien bouge à la durée, c'est qu'il ne maitrise pas l'intensité. Si un chien bouge à la distance, c'est qu'il ne maitrise pas l'intensité ou la durée. Un chien qui maîtrise l'intensité et la durée maitrise du premier coup la distance (1ère fois à 20 m)!

    Bien sûr, j'utilise le stress! Un stress utile, contrôlé par mes soins: un stress qui vient de moi! Si je stresse un chien par une intensité de mouvement (les miens) , il doit être soulagé de me voir m'éloigner. Si je lui apprend à tolérer ce stress provoqué, je lui apprend à gérer le sien propre... Bien sûr que j'utilise des longes lorsque c'est nécessaire (adultes mal dressés)Je peux utiliser un système d'attache , juste pour fiabiliser. car un chien qui gagne impunément 5 cm aujourd'hui se lèvera un jour.

    Du jour où je commence, le chien ne gagne plus jamais et la correction n'est plus effectuée au contact du maître. En effet, si le maître touche le chien, celui -ci décharge son stress par simple contact.

    Comment lui apprendre à maitriser son stress seul alors qu'il sait qu'en fautant, il obtient le retour du maître (même pour une engueulade) pour se déstresser par contact?

    Et je ne parle même pas de ce que je considère comme l'idéal: le couché sous tension. où le chien immobile est tendu comme un arc dans la direction où son maître est parti. sans tourner la tête, sans se mettre en vache, sans poser la tête au sol. prêt! Je ne tape jamais un chien.....et j'évite de le toucher autrement qu'amicalement. Pas de collier électrique non plus! ce qui va sans dire va toujours mieux en le disant .

    On va partir du postulat d'un chiot qui ne connaît rien... en effet , je n'entrerai pas dans la problématique du chien qui n'a pas appris correctement et qu'il faut rectifier pour la simple raison qu'il me faut alors déconditionner ce qui peut s'avérer pénible (lol!)

    En revanche, je n'ai pas besoin d'un minimum requis d'équilibre caractériel avec cette méthode. Ca marche avec tous, seule la durée des étapes change. On considérera aussi qu'il existe un bon relationnel de confiance entre le maître et le chien.

  4. Methodologie:

    Au début, toute position obtenue par une méthode positive (je préfère!) est en soi un "pas bouger". Apprendre à se coucher, c'est apprendre que cet ordre a un champ d'application (donc une durée). Le clicker s'avère, à ce moment, un allié de choix!

    Etape 1 : ordre de position vaut arrêt de mouvement! Dès lors, il est facile d'augmenter la durée de l'exercice en restant tout près mais sans toucher et en récompensant à l'improviste, très vite. Une erreur fréquente consiste à ne pas rechercher un couché rapide lorsque on vise un "pas bouger". Or en demandant la rapidité , on augmente légèrement le stress et on prépare le terrain pour la "mise sous tension". On peut par exemple au cours d'une séquence de jeu ,demander un couché rapide avec promesse de récompense en tension (15secondes) à l'âge de 3 mois.

    Etape 2: la contrainte du milieu est la seule à pouvoir contraindre le chien, mais l'organisation matérielle est dictée par moi!

    L'endroit ou j'apprend le couché est déterminant. Si j'utilise un muret duquel le chien ne peut descendre seul, j'élève son stress et je l'oblige à une position correcte. Je fais donc quasiment appel à une mémoire musculaire. Le reste est une affaire de rigueur: Pas une fois depuis cet instant, le chiot n'aura la possibilité de se coucher "de travers" .J'utilise, là aussi le renforcement positif au clicker.

    Etape 3: l'intensité. le chiot a environ 5 mois. je peux le coucher et lui apprendre progressivement que moi, je bouge et pas lui. A cet âge, sans le toucher, je vais monter l'impact physique jusqu'à obtenir de légers signes de soumission (oreilles, tête basse). A cet âge, il se comporterait exactement de cette façon avec un chien adulte qui lui montrerait des rituels de dominance. On est donc dans un processus parfaitement naturel, indolore et qui offre l'immense avantage d'offrir sur un plateau une inhibition des mouvements.

    Très progressivement et en dosant l'impact de mes postures , j'apprends à lire le chiot et à lui faire grimper et descendre l'échelle du stress des dizaines de fois. je monte la pression (gestes saccadés,postures) et je la descend (félicitations, ouverture étroite vers la récompense). A ce stade, le chiot fait souvent de légères apnées , que je valorise: c'est de la tension pure. mon kiki sait maintenant se coucher vite, correctement et d'une façon suffisamment stable pour supporter l'intensité. (par ex, il sait le faire au milieu du marché, ou d'autres chiens) .

    Etape 4 . la durée: dit comme ça , on a l'impression qu'il suffit de faire durer l'exercice. Ce n'est pas suffisant. Depuis toujours, le chiot sait que l'ordre couché peut durer un moment, mais qu'au signal ("au pied") il faut être prêt à bondir. Dans cette phase, je code les pieds; C'est à dire que je pars du pied droit sans le chien et du pied gauche avec le chien. Je ne m'éloigne jamais de plus d'un mètre et si mon élève s'avisait de bouger de 5 cm, je corrige sa position instantanément et, là, je vais faire durer en alternant des temps de complète immobilité et des déplacements soudains. Le chien a déjà tendance à me regarder pour anticiper mes mouvements brusques . Je bouge très rapidement chaque fois qu'il me perd de l'œil. C'est à cette étape que je vois apparaître les premiers signes de détente du chien quand je m'éloigne. bingo! Ca veut dire que le chien se relâche à ce moment et qu'il apprécie mon éloignement parce qu'il est plus facile de me suivre de l'oeil à une certaine distance. Je suis en train d'équilibrer l'anxiété de séparation qui le lie à moi. (comme je l'équilibre avec le vari à la maison...)

    Etape 5. l'éloignement. je le mets en place d'un coup ! si le chien maîtrise les étapes précédentes , je peux mettre 20m d'un coup . rien de plus pitoyable que les conducteurs qui tentent de gratter 2,5 m quand ils ont victorieusement obtenus 2m ! Ils construisent juste une maison de paille pendant que, tel le troisième petit cochon, je construis une maison de briques!

    L'éloignement se fait rapidement et le retour de même, de façon à créer le moins possible de phases de doute. Au retour , il faut générer du stress avec le regard pour éviter la remontée anticipée au pied. L'éloignement, c'est aussi la privation de la vue. Je travaille donc avec un écran dont je fais rapidement le tour (en mettant du stress au retour, encore) ; conséquence: dès que je m'attarde derrière l'écran, je fais baisser le stress. Je viens donc de conditionner un comportement strictement inverse à celui décrit par la majeure partie des conducteurs qui butent sur l'absence: mon chien stresse plus à mon retour qu'à mon départ!

    On comprendra qu'il s'agit là d'un équilibre subtil, à réaliser avec délicatesse si l'on veut éviter que le chien bouge au retour.

    Etape 6: Mise sous tension. Donc, mon élève sait se coucher vite et correctement. Il sait digérer les stress divers, parmi lesquels celui de mon éloignement. Ca ne me suffit pas! Je ne veux pas qu'il se repose ou se détende ,; on est au travail et quand je vais venir le relever, je veux qu'il soit prêt à 100% pour bondir avec moi et me faire une obé de folie!

    Pour ça, il faut lui expliquer que:

    a)Il doit me suivre des yeux et, le cas échéant, rester fixé sur l'endroit où j'ai disparu.

    b) Garder une attitude tonique et tendue (=sous tension) , visuellement plus satisfaisante.

    c) Rester concentré, car ça peut partir n'importe quand! Au niveau du règlement , ça va m'apporter plusieurs choses: D'abord mon chien reste prêt et concerné, ensuite, il ne perd pas de points inutiles en se mettant "en vache" ou en broutant l'herbe; enfin , il est tellement concentré qu'il ne voit même plus les stimuli périphériques , ce qui peut s'avérer déterminant avec un chien sensible. Je vais aussi le câbler, c'est à dire lui mettre une cordelette très fine attachée à son collier. c'est notre cordon ombilical. je lui parle par cet interphone.

    Je démarre à vue:Je passe de longs moments à me tenir à 10m de lui , reliés par notre fil d'ariane. Dès qu'il tourne une oreille, je donne un petit coup en disant "couché, hein!" Mais il est couché, me direz vous? Il est couché ,mais pas correctement, puisqu'il ne me regarde pas! De la même manière qu'il ne peut pas être correctement "au pied" s'il n'a pas la tête levée vers moi! Quand le chien a compris, je lui tourne le dos en gardant la ficelle dans la main ;un comparse placé sur le côté, m'indique d'un léger signe que le chien a tourné un oeil ou une oreille. C'est le moment d'introduire des perturbations du style chien qui joue à la balle ou H.A faisant ses courses, lol! A chaque fois, le chien reçoit un petit rappel. Cette apparente sévérité est compensée par le fait que le chien a le bonheur de voir arriver régulièrement sa balle en provenance de son maître, même si celui -ci lui tourne le dos.

    On alterne ici des phases de devoir et des phases de récompense au sens du conditionnement. Autrement dit on mixe du renforcement positif et négatif. quand tout ça est en place, il est temps d'aller à la cachette et de recommencer ce manège en étant invisible, mais toujours avec la cordelette : big brother is watching you! Dans toute cette phase, je vais augmenter les stimuli (chiens jouant, chiots venant le voir...etc...) Il est frappant de constater à quel point le chien choisit volontairement de devenir "aveugle" dans sa vision périphérique. Petit à petit, je vais laisser tomber la cordelette et ne plus corriger qu'à la voix, mais toujours hors de vue. Le reste est affaire de rigueur, d'intensité et de fréquence, comme dans tout dressage...... ma petite maison de briques est maintenant bien solide et le loup peut toujours essayer de la faire tomber........

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