Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
hulk-du-boxitan.overblog.com

Jamais sans mon chien!

Le mythe du gentil chien-chien...

Publié le 4 Septembre 2014 par Philippe Roustant

Le mythe du gentil chien-chien,

Je suis stupéfié par le nombre d'articles consacré à démontrer que tous les chiens sont bons et gentils naturellement malgré le fait que les hommes, ces ignobles créatures (mais jamais les femmes, vous avez remarqué ?) s'ingénient à les rendre bêtement agressifs en utilisant des méthodes barbares comme le collier à maillons ou la laisse.
Lorsque, par extraordinaire un chien manifeste un quelconque signe d'agressivité, c'est obligatoirement par peur parce qu'il a manqué de socialisation intra et inter spécifique ou parce que son homéostasie sensorielle est déficiente par la faute de son éleveur .
Je dois vivre dans un monde parallèle parce que j'ai connu quantité de chiens, de races différentes, qui se montraient naturellement agressifs pour d'autres motifs (agressivité territoriale, agressivité par intolérance, agressivité à caractère sexuel...etc..).Je ne citerais que ceux que j'ai côtoyé longtemps : Beauceron, Berger allemand, Charplaninatz , Rottweiler, Briard, Akita inu , Malinois, Montagne des Pyrénées...etc...tous issus d' élevages sérieux, dirigés par des gens compétents et rigoureux. Tous entre les mains de maîtres avertis et soucieux de leur offrir une parfaite socialisation secondaire et une éducation cohérente.
Qu'on ne se méprenne pas : Je ne parle pas ici de chiens de travail (puisque certains s'imaginent encore que les sports de saisie rendent les chiens méchants) mais bien de chiens de compagnie.
Or donc, il advint que de tels chiens manifestèrent d'inquiétants signes d'agressivité, soit à dominante prédatrice, à l'encontre d'animaux de ferme , soit à l'encontre d'autres chiens (alors même qu'ils était parfaitement socialisés avant l'âge de 3 mois, soit, horreur, à l'encontre des humains qui avaient le malheur de croiser leur route !

Une des inepties quotidiennement véhiculée par le net, consiste à prétendre que toutes les personnes mordues avaient enfreint un code canin ou ignoré des signaux d'inconfort émis par le chien mordeur . Effectivement, on voit dans certaines vidéos des chiens se lécher la truffe, tourner la tête, bailler...etc... avant d'envoyer les dents.
Ce sont les ultras célèbres « signaux d'apaisements » dont le plus lointain mongol dans le désert des tartares doit avoir entendu parler !
La belle affaire que voilà ! Ce que toute personne disposant de plusieurs années d'expérience dans les sports de saisie ou le gardiennage a vu et expérimenté, ce sont des morsures de chiens dont la phase appétitive a été progressivement réduite jusqu'à modéliser des séquences d'attaque pour les motifs les plus variés et parfois subtils...
Dans beaucoup de cas, le maître n'est pas fautif : Il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour réduire cette agressivité et pour la contrôler. Il est vigilant et tente du mieux possible d'éviter les situations à risque.
Très souvent, il fait appel à un professionnel pour essayer de mieux maîtriser son animal et la réponse qu'on lui propose le plus souvent ,c'est d'aller vers l'euthanasie car les méthodes de reprogrammation positive ne marchent pas. J'oubliais de préciser qu'on lui a carrément asséné qu'il était responsable de cet état de fait : Si son chien se comporte ainsi , c'est très probablement parce qu'il manque d'amour ou que des méthodes coercitives ont participé à son éducation !
Le vrai problème, c'est que le cursus habituel de tels chiens est si varié qu'il diminue très sérieusement la valeur d'un comportement acquis dans le domaine de l'agressivité spontanée (donc, non réactionnelle) .
Certains ont fait l'école de chiot, c'est à dire qu'ils ont consciencieusement martyrisé d'autres chiots (qui vont quand à eux garder un souvenir ému de cette période ) en se sentant devenir plus fort à chaque fois ; ils connaissent correctement les codes canins de soumission, mais ceux ci n'ont aucun pouvoir d'atténuation sur leur humeur propre.
D'autres ont vécu avec un ou plusieurs chiens dont il a souvent fallu les séparer pour éviter des blessures graves (ou pire encore).
Ce cher Ian Dunbar prétend qu'on les sépare trop vite et qu'il faut laisser un équilibre naturel s'installer. Une de mes relations a décidé d'appliquer ce conseil à la lettre... effectivement il n'y a plus de problème : Le jeune chien a tué l'ancien !
Évidemment, si l'on nie toute possibilité de dominance intra-spécifique et encore plus inter-spécifique on est bien embêté pour expliquer ces phénomènes.
Un peu de culture scientifique permet pourtant de comprendre les fondements génétiques de tels phénomènes.
Chaque individu possède dans son LCR (Liquide céphalo-rachidien) un taux de sérotonine qui lui est propre . La sérotonine est un neuro -transmetteur mais également un régulateur de trois hormones spécifiques : La testostérone, la dopamine et la noradrénaline. Bizarrement, ces trois hormones sont impliquées dans l'hyper-activité, l'agressivité et les perturbations du sommeil (en relation avec l'humeur).
Plus le taux de sérotonine est bas, plus le dosage hormonal est élevé et plus les comportements sont agressifs, avec beaucoup d'engagement physique .
Un dosage réalisé sur des cadavres décédés de mort violente (toutes causes confondues) fait apparaître un taux de sérotonine inférieur à la moyenne.
Mais ce qui est plus difficile à saisir, c'est que cette agressivité naturelle puisse être sélectionnée et augmentée génétiquement.
Il a été démontré chez le rat, que l'agressivité des produits de première génération est comprise entre celle des deux géniteurs ; l'absence de socialisation primaire va augmenter cette agressivité et ce qu'on sait moins, c'est qu'elle sera transmissible génétiquement . Si on croise ces produits de première génération non socialisés entre eux, on va obtenir des individus si agressifs qu'ils ne pourront plus se reproduire naturellement (insémination obligatoire).
On pourrait penser que cette expérience de laboratoire n'a rien à voir avec nos chiens...Faux : Comment croyez vous que les américains ont sélectionnés leurs Pit-bulls pour les combats ?
En résumé : Arrêtez de croire quand vous voyez un chien agressif que son propriétaire ne l'a pas correctement socialisé, ou pire, qu'il ne l'a pas éduqué de manière positive !
Si vous prenez un chiot issu de parents présentant une agressivité naturelle élevée, ne pensez pas qu'une bonne socialisation vous évitera tous les problèmes.
Quand vous voyez un chien agressif avec les autres chiens, ne supposez pas a priori que ça n'a aucun rapport avec les humains ; attendez donc d'en savoir plus avant de vous approcher !

Commenter cet article

Calou 06/09/2014 07:17

Bonjour,

Frouchelet, il me semble que le fait que la fonction dévolue à une race implique certains "modèles" de réaction ne me semble pas remis en question dans cet article, qu'un lévrier ne réagisse pas comme un chien de montagne en face d'un lièvre est un fait.... depuis des siècles, les deux n'ont pas été sélectionnés sur les mêmes critères. Il me semble que ce qui est dénoncé ici c'est la culpabilisation systématique des maîtres et l'incrimination immédiate des méthodes employées dans l'éducation, qui, parce qu'elles sont jugées " brutales" par les "ultras" du "tout positif" ( et l'échelle d'analyse des dites méthodes peut même inclure l'utilisation du "non" dans les actes traumatisants ), seraient forcément responsables de l'agressivité du chien.
Ce sont des positions qui sont effectivement de plus en plus répandues sur le net, dans les forums d'éducation et qui finissent par produire des effets néfastes en réduisant le champ de l'analyse et en stigmatisant a priori toutes autres formes d'approches non "positivement correctes"...loin de moi l'idée de défendre la violence dans l'éducation canine ( la fermeté, oui, quand elle est nécessaire, la violence et la colère, non ) mais force est de constater qu'il peut y avoir d'autres causes à l'agressivité d'un chien que l'utilisation d'un collier chainette et que, génétiquement, certains sujets ou lignées en sont plus ou moins dotés à la base, ce que tu soulignes toi-même en précisant que les races ont des "spécificités" particulières et qu'un charpla ne se comporte pas comme un lévrier, et ne socialise pas de la même façon.
Je ne pense pas que ce soit une façon de se "dédouaner" de quoi que ce soit, parfois la responsabilité des maîtres et réelle, parfois...non. L'essentiel est, je crois, de se garder justement de la mise à l'index systématique de ce qui a été employé comme de se retrancher derrière le tout "génétique" pour, dans les deux cas, avouer son impuissance au final...
Bonne journée

Calou

Frouchelet 05/09/2014 22:19

C'est facile de se dédouaner comme ça! "C'est pas de la faute à mon collier à pointes... c'est la génétique!" --'
tous ces constats me font penser à l'experimentation animale en regard de l'humain.. même si on peut , eventuellement , lire et integrer ces experiences sur des rats, j'estime aujourd'hui que cela ne peut pas etre opposable à nos chiens familiers. La chose qui me gene c'est que la personne qui ecrit cite dans son article certains chiens de protection ( ou de conduite), et un chien de protection c'est un chien de protection avec un comportement specifique de chien de protection, il ne peut pas etre comparé à un chien du 8 eme groupe ou à un chien du 10 groupe ...
Cela revient alors à globaliser toute une espece et à dire que tous les chiens sont pareils, les races ont des specificités particulieres, (et effectivement Coppinger a mis en avant la question de la serotonine sur les chiens de protection), et si on ne prend pas en compte cette specificité on fait alors des erreurs monumentales dans la socialisation, la familiarisation, qui se repercutent dans la vie des chiens dans la cellules familiale, qui eux sont encore plus demunies. On ne socialise et on n familiarise pas un sarplaninac comme un levrier du mali, et si les selectionneurs ( je ne parle pas des marchands de chiens) ne sont pas formés correctement, nous allons droit au devant de problematiques enormes.
De plus, j'adore quand on me parle "d'agressivité" genetique, parce que l'agressivité fait partie du registre comportemental des especes et de toutes les especes...ce qui veut rien dire du tout ... soit la reaction du chien est "à priori" disproportionnée en regard de la situation, soit elle en l'est pas .. et en fonction de quoi l'est -elle ? sur quel base allons nous dire qu'elle est disproportionnée ??
Generalement , nous allons le dire en rapport à ce que nous, dans notre societé, nous ne pouvons plus tolerer ...
Un levrier qui lorsqu'il voit un lapin, ou un gibier demarre à 200% et devient incanalisable, revenant des heures apres le gibier tué , est que son agréssivité est intolerable, est ce que cette predation est contestable ? Il y une reelle difference entre des patterns moteurs existeants et que pour des raisons totalement arbitraires, notre societé ne veut plus avoir, et des troubles du comportement.... faut pas tout melanger et seule la connaissance parfaite des races et de leur finalité va nous permettre de pouvoir travailler en regard de ces specificités.