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Jamais sans mon chien!

Agressivité? Anxiété? Ou peur traumatique?

Publié le 2 Mars 2014 par Johanne Parent in comportement canin, éducation canine

Cet article est reposté depuis Le blogue de Johanne Parent.

Agressivité? Anxiété? Ou peur traumatique?

(agressivité canine : article 2/3)

(Photographie de Laurence Bruder-Sergent)

La barrière entre l’agression par peur, par anxiété ou par agressivité est très mince. La grande majorité des professionnels canins ne savent pas faire la différence entre ces 3 types d’agression.

Tout d’abord, il faut comprendre que dans la nature, l’agressivité naturelle n’existe pas chez les canidés sauvages (renard, loup, coyote, dingo, chiens sauvages, chiens errants vivant en meute). La survie, c’est la meute, c’est-à-dire le groupe. Les grognements et mimiques dominantes ne sont qu’une partie du langage naturel du canidé et ne sont aucunement dictés par la violence gratuite ou le meurtre qui eux sont directement liés à l’agressivité.

Seul l’humain peut conduire un chien à devenir violent par sélection artificielle de reproducteurs de plus en plus agressifs ou par dressage et conditionnement. Le chien entraîné à mordre est souvent un chien qui a été abusé, en ce sens qu’il a été forcé à mordre. Le maître-chien faisant en sorte que le chien ne peut pas fuir, exploite la peur de celui-ci et le pousse à mordre par peur. Ne pouvant fuir, il agresse. Le maître-chien récompense le chien pour la morsure et, surprise pour le chien, le salopard a peur de lui!?!?!

Le chien entraîné de cette façon, en exploitant ses peurs, peut devenir de plus en plus instable émotionnellement et mord de plus en plus fort et, entre des mains inexpérimentées, il peut devenir une véritable bombe instable qui peut sauter (mordre) n’importe quand (et sur n’importe quoi).

Mis à part ce type d’entraînement, la véritable agression par agressivité n’existe pas. Le chien apprend à devenir agressif et mordeur. Prenez note que j’exclu ici le chien agressif par maladie ou par douleur. Ce chien devrait voir un vétérinaire avant toute forme de rééducation.

Donc, si le chien n’est pas naturellement agressif. Comment se fait-il qu’il y ait de plus en plus de chiens intenables et agressifs lorsqu’ils sont en présence de congénères?

L’agressivité est acquise par le manque social et/ou l’anxiété. La grosse problématique pour savoir si la rééducation avec un clicker va fonctionner ou non est celle-ci : la peur ne doit pas être issue d’un traumatisme et le chien ne doit pas souffrir d’anxiété.

Il est presque impossible de déterminer si la peur est traumatique ou non. En effet, au sein d’une même portée de 3 chiots qui ont subi un choc (peur), les 3 réagiront différemment selon leur propre caractère. Les 3 vont gérer cette peur selon leur niveau d’équilibre naturel. Un pourra être traumatisé à vie et développer une phobie, l’autre pourra développer une simple peur qui sera facilement « réparable », alors que le 3ème pourrait très bien se montrer curieux et investiguer tout sans aucune peur de l’inconnu.

Voici quelques exemples d’agressivité envers les congénères qui ont été traités par des intervenants en éducation ou comportement canin… avec l’aide du clicker.

Cas 1 : agressivité envers ses congénères

Max est un Malinois mâle, non castré. Il a été adopté à l’âge de 5 mois dans un élevage de type chenil. Dès l’adoption, Max démontre un comportement de peur vis-à-vis de ses congénères. Il a peur dès qu’un chien inconnu s’approche de lui. La propriétaire entreprend donc une rééducation du chien afin qu’il passe par-dessus sa peur et prenne confiance en lui. La rééducation est un succès (du moins en apparence) et tout se passe bien jusqu’à l’âge de 16 mois. Dès 16 mois, monsieur Max lève la patte pour marquer lors des promenades et devient de plus en plus agressif envers les chiens qu’il rencontre. Au point où sa propriétaire doit s’arrêter et attendre que ça passe puisque Max se débat comme un diable en se tortillant et en essayant d’enlever le collier dans le but d’aller agresser l’autre chien. Après vérification, la laisse n’est pas le déclencheur car la propriétaire n’anticipe pas les rencontres et reste calme et posée. S’il est libre, il agresse tout de même.

Qu’est-ce qui, au départ, fait en sorte que le jeune Max de 5 mois a peur des chiens inconnus?

Ce comportement dénote un manque sérieux de socialisation avec les autres chiens lors de la période de socialisation primaire qui se termine vers 12 à 16 semaines selon les chiots. Même si le chiot provient d’un chenil, il peut ne pas avoir été mis en contacts positifs avec des chiens adultes. La rééducation entreprise semble avoir bien marchée puisque Max joue avec les autres chiens au parc à chiens. Puis, vers 16 mois, tout change…. Pourquoi?

La réponse est simple. Tout ce que le chiot n’aura pas acquis pendant sa socialisation primaire, pourra être récupérée partiellement pendant sa socialisation secondaire… mais ressortira à la maturité (âge adulte mentale) vers l’âge de 1 ½ an…. jusqu’à 3 ans.

On pourrait donc conclure que la peur de Max envers les autres chiens est une peur traumatique… ce qui impliquerait donc une rééducation à vie pour éviter les rechutes. La propriétaire doit donc revoir la gestion des promenades et des contacts sociaux. Elle doit rester en alerte en tout temps et devra apprendre à gérer la peur de son chien pendant les 10 à 15 ans à venir.

Dans un cas comme celui-ci, la rééducation au clicker ne sera pas suffisante. Sans compter que dans ces circonstances, Max se fou complètement de la bouffe ou de son jouet préféré… ce qui est tout à fait normal quand on comprend les besoins établis selon la pyramide de Maslow. Certains recommanderont la castration, ce qui n’aura pas de réel effet positif.

En situation de peur panique ou traumatique… la nourriture et le jeu sont très loin dans les priorités du chien qui est en « mode survie » et ça n’a rien à voir avec le système hormonal, qu’il ait ses testicules ou pas.

Les cas de fixation existent aussi chez le chien. Certains chiens développeront une antipathie envers un chien ou une race spécifique. Peu importe la rééducation qui sera mis en place, cette antipathie naturelle ne s’effacera pas. Au mieux, le chien sera moins réactionnel en présence de son propriétaire. Au pire, l’agressivité causée par son antipathie se généralisera pour tous les chiens.

Cas 2 : agressivité envers ses congénères

Luna est une femelle Terrier âgée de 8 ans. Née en élevage familial, socialisée avec ses congénères depuis le plus jeune âge, elle partage sa vie familiale avec 3 chats et 2 autres chiens faisant la moitié de son poids et âgés de 5 et 10 ans. Luna est une compétitrice hors pair en obéissance et en agility. Elle fait aussi des câlins aux enfants de la garderie familiale.

La vie est paisible et tout se passe bien pour Luna jusqu’à l’âge de 6 ans où, du jour au lendemain, sans prévenir, elle s’attaque à la chienne de 8 ans lui causant des blessures mineures grâce à l’intervention rapide des propriétaires. La chienne blessée est isolée temporairement pour soigner les blessures et aucune autre intervention n’est faites contre Luna… c’est-è-dire qu’une fois qu’elle eut lâché prise, les propriétaires n’ont pas eu de comportements de frustration ou autre envers Luna.

Au fil des jours, Luna devient de plus en plus imprévisible face à l’autre chienne et l’agresse au point que les propriétaires ne peuvent plus laisser Luna libre lorsqu’ils s’absentent de la maison, de peur qu’une bagarre se déclenche en leur absence. Après anamnèse, il s’avère que Luna est une chienne anxieuse. Les bagarres se produisent lorsque son anxiété monte en flèche. Anxiété causée par l’arrivée ou le départ de gens ou les jeux bruyants des 2 autres chiens. L’aboiement aigu de la vieille chienne est le déclencheur des agressions de Luna envers elle.

Dans ces conditions, une rééducation au clicker avec Luna est inutile. Il faut stabiliser son anxiété par des changements au niveau de la gestion familiale et au besoin utiliser une médication adaptée. Ensuite, il faut travailler l’aboiement et l’énervement des 2 autres chiens. Pour au final, travailler Luna en période de jeu avec les 2 autres chiens. Sans tous ces éléments, la rééducation en sera jamais complète et pourrait entraîner une généralisation de l’agressivité comme ce fut le cas de Boodha que je vous explique ci-dessous.

Cas 3 : agressivité envers ses congénères

Boodha est un Golden Retriever de 3 ans. Adopté à la SPA à l’âge de 6 mois, on ne sait presque rien de son passé. Boodha est allé suivre des cours d’obéissance dans un club avec sa propriétaire, où il fut aussi initié à l’agility et au freestyle. Boodha est une clown qui adore jouer. Puis un jour, sans crier gare, il démontre pour la première fois une réaction agressive envers un chien noir de type berger croisé. La propriétaire fige car elle est trop surprise par cette agression, puis intervient avec le propriétaire de l’autre chien pour les séparer. Les deux chiens ont des blessures causées par leurs morsures.

Boodha devient agressif et réactionnel uniquement avec des chiens noirs, à l’exception des Bouvier Bernois. Sur la recommandation d’un spécialiste en comportement utilisant uniquement le renforcement positif et travaillant avec le clicker, Boodha est rééduqué. La propriétaire apprend à approcher les chiens noirs à une certaine distance pour travailler le chien avant qu’il ne démontre des signes d’agression. Elle garde donc ses distances avec les autres chiens, click quand Boodha la regarde et récompense avec la nourriture. La rééducation semble bien aller. Boodha peut maintenant marcher près d’un chien noir sans réagir, en regardant sa propriétaire.

Puis vient la rechute. Après plusieurs mois sans agression, Boodha agresse un chien noir lors d’une pratique d’agility. Boodha commence son parcours, puis brusquement part en direction d’un chien noir et l’agresse. La propriétaire recommence donc la rééducation, assistée d’un spécialiste du clicker, avec Boodha et click bonbon son chien lorsqu’il démontre un comportement dit acceptable par l’expert éducateur. Puis la propriétaire voit Boodha changer. Il grogne et veut agresser tous les chiens qu’il rencontre, sans exception. De plus en plus réactionnel, Boodha se fiche complètement de la bouffe et du jeu. Il veut éliminer l’ennemi… le chien qu’il a en visuel.

Résumé :

Voilà comment un chien, mal évalué au départ, peut devenir un monstre agressif. Dans leurs cas, l’utilisation du clicker pour traiter l’agressivité envers les congénères n’était certainement pas la seule mesure de rééducation à mettre en place.

Le clicker a ses limites. Malheureusement, les grands fans du clicker ne veulent pas toujours l’admettre ou le comprendre. Il ne s’agit pas de savoir utiliser ou non un clicker. Il faut savoir quand l’utiliser et pourquoi.

Je travaille avec le clicker depuis plus de 20 ans et je ne traite jamais les cas d’agressivité avec l’aide du clicker tout simplement parce que dans la majorité des cas, le chien a d’abord besoin d’être rééquilibré et que le clicker crée beaucoup d’instabilité émotive chez les chiens sensibles.

Plusieurs spécialistes de comportement canin et moi-même, avons observé une augmentation de l’anxiété causée par le clicker chez plusieurs chiens… (la suite dans le prochain article).

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